Delphine Garcia

Retour au sommaire de la revue Solstices n°3

Anamorphose.

À l’oblique,
Dans l’éclat argentique
D’une couronne blanche,
le cosmos ordonnance
Et dépose
La rosée angélique
Porteuse de messages
Pour le rêveur
Aligné.

*

Déchanter

Le sang s’est figé dans les veines
Figeant le reste du monde.
L’air même complote avec le plomb,
Alourdissant la course des secondes ;
Le temps s’est suspendu
En un morne présent.
La bouche a cousu
Un murmure nouveau.
N’est -il pas aveuglant
Le chant du perdant ?

*

Et parfois … pluie

Et parfois,
pluie de mots
sur ma peau
intérieure
étirée en nacelle ;
récolteur
de trésors.

Rien ne compte
que l’instant
où le grand drap de l’eau
vient à déborder.

*

De lave et de runes

Au long des solitudes
nous avions tous enfin
tissé nos brodures.

Nous étions l’Unisson,
La trame transversale
donnée aux gens de runes.

Nous murmurions
sous le flot des bruyants.
Et la vague commune
formait un lien diaphane ;
une zébrure argent
dans nos nuits les plus sombres.
Un boyau palpitant
au cœur rouge de lave.
Un chant muet au regard souriant.

*

La rêveraie

Viens
Je t’emmène en Rêveraie.
Ce pays, le tien, le mien,
Où le peintre me dit :
« Peindre est mon rêve accompli.
Marcher dans la nature, aussi. »
Où le druide me crie :
«Rechercher l’Arbre-ami
Est mon rêve accompli !
Et caresser la pierre dans l’abri de la nuit. »
Où l’enfant et l’indien s’écrient :
« Rencontrer mon Totem est mon rêve accompli !
Et danser avec lui ; et danser sous la pluie. »

Viens
Nous croirons à nouveau
Que l’oisiveté, plus qu’un droit, est un devoir.
Nous la reprendrons de force
À ceux qui l’ont arraché au monde.
Ils la cachent, stratèges, pour forcer à l’oubli ;
Pour forcer à l’agitation peureuse.
Viens
Nous la rendrons au monde,
Paladins pour l’onirisme,
Avec les cris de guerre de nos rêves éveillés ;
Et puis tes chants d’amour.

*

Retrouver Perséphone

J’étais le Cosmos
Au regard bienveillant
Tourné en dedans.
Vigilante, j’étais Une
J’étais Cent.

J’étais le sang frais, bouillonnant.

J’étais l’ Antre-cosmos,
L’Univers, rien que pour toi.
Ton souffle, sur la paroi,
Inspiré par mes chants
Qui narraient l’émerveillement ;
L’éblouissement
D’être Dieu chaque instant.

Voilà qu’ils piétinèrent le champs
Et l’ordre des choses,
Mus par les règles et les aboiements
De cet Hadès imbécile ;
Ce Chronos de pacotille.

Ils tranchèrent mon ventre ;
Créant la brèche,
Figeant le temps.
Ils portaient leurs peaux de bête ;
Leurs costumes de fête.
Ils firent place nette ;
le Guerrier relégué au seuil.
Il a du me livrer seule,
Au combat.

Il t’arrachèrent à moi
Dans un silence froid
Cent fois,
Mille fois.
J’étais absente ! L’énergie sacrée
Soudain volatile
S’est égarée.
Nos deux vies séparées :
Mon feu,
Ton Eau ;
Mon vide,
Ta peau.

J’ai invoqué longtemps
Mes rages les plus sourdes.

J’ai parcouru chaque parcelle de ma peur :
Épouvante de te perdre,
Crainte de capituler,
Foi en demain effondrée.

J’ai condamné la source Hippocrène
Que Pégase le Noir
D’un coup de sabot créa.
J’ai menacé d’abolir l’Espoir
Et la course du monde
Pour que tu me reviennes.

J’ai parcouru les chemins les plus ardus,
En silence ; pieds nus.
Sans faillir, j’ai creusé
Les recoins les plus sombres ;
Craignant de voir ta fin dans l’ombre ;
Craignant d’y récolter tes cendres.

J’ai espéré avec l’ardeur de la colère ;
Balayant le doute en un geste de mère.

Tu as surgis de l’attente ;
Ta peau grise reprenant vie.
Son goût salé
De mes larmes de joie,
Longtemps recluses dans le néant .
Son goût sucré
Par mes larmes d’amour,
Longuement versées après ton retour.

Six mois durant d’éternité
J’ai revêtu la rude mante
Dévolue à Déméter.
Chez les hommes, vingt années
De désolation avaient passé.
Hiver et été,
Mon errance amère,
Conteront désormais.

*

Astrolabe

Tu me pianotes
Lien à lien ;
Tu me ligotes
Note à note.
Tu me grignotes
De tes mains ;
Je consens au festin.
Tu me festonnes
D’un chant d’Airain ;
Tu me cent tonnes –
Chant de Centaure.
Tu me cédilles.
À ta anse
Et vice versa.
Je me décille.
À tes hanches –
Je luminaire.
Suspendue.
À tes clavicules,
Je circonvule.
Sous la note
Capiteuse
Du clavecin,
Je capitule.
Sur le clavier
Je parabole
Quand nous touchons
Enfin le sol.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *