I ~ Premiers écrits (1952-1963)

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Primi scritti (1952-1963) (Premiers écrits) a été publié chez Guanda en mars 1980.

Dix sections chronologiques (parfois anti-datées), où se rencontrent l’anglais, le français et l’italien :

~ My clothes to the wind (1952)

~ Cantilena. Poesie per Rocco Scotellaro (1953)

~ Sanatorio 1954

~ Adolescence. Exercices poétiques (1954-1961)

~ Prime prose italiane (1954)

~ Le Chinois à Rome (1955)

~ October Elizabethans (octobre 1956)

~ Dario in tre lingue (1955-56)

~ A birth (1962)

~ Palermo ’63

Un recueil multilingue comme on n’en trouve que trop rarement (il faudrait évoquer plus longuement un autre poète italien, Michele Sovente).

Influences, formes expressives de langage, détournements, néologismes, « barbarismes », thématiques, ce ne sont pas des textes de « jeunesse » que nous lisons ici, mais des expériences qui valent déjà celles des grands recueils.

Les poèmes en français, notamment, ne sont pas juste des témoignages d’une jeunesse errante ou des curiosités, ils ne sont pas les « écrits français » d’une poétesse italienne, mais peuvent être appréhendés et appréciés tels quels par le lecteur francophone.

Cette anthologie, contre tout bon sens, s’ouvre sur un texte de jeunesse (Amelia Rosselli a 22 ans) difficile et problématique, « My clothes to the wind ». Qu’on ne s’y fie pas pour se faire une idée du reste.

*

My clothes to the wind

(1952 ~ fin du texte)

Careless of whats to be done now nothing holds my sides, she has swept out his promise, rolled it into a little parper bag, and gone marketing. She has fed me senseless small change, brought me to the bank, had me counted and found the sum surplus. I put my hand soft to touch his high grass. She cropped me out and snapped m cradle shut. Now I live grey fleshed until the psalms grow sound and waters wilder brown with blacker fears and blacker lears at root than it is clear for even I who cry and pry into my bitten heart.

You heroine, you frozen potatoe, here we at the poignant moment and flat it drops, dryer than a lady’s senses four days after the blood starts flowing ! To double pad that word delirium mention instead how the skies roared in and pulled at your turning on the sheet, how the criss-crossed streets clawed at tyour throat digging out prejudice, the air so rarified you could hear our holy father preach, – how some needle or other got in the head and finally stopped the show after eight white nights.

I know of others who instead continued to watch the mirror menacing with pink outgrowths, a rabbit-like, till they themselves too were mad long-eared animals with no wish and power to leave off puddling down that secret fantastical hole ; as for me one look down its bottom set me gibbering for motherly and brotherly and fartherly confort, loop your amrs about me shivering ! Must abandon this patronless show, must must or I shall die and fall down surely, please somebody else I beg you run this dance ! – as I in all necessity, not shame, not falsely, quivered up the granite stairwhirl to the upper rooms, so cold at half past three at the ending of night, for help. Who was there to be called who would not immediately come at the look I begged with and at the choking of my asking ? They had waited small hearted and bitter of experience while I shunned them and knew better than I of my discomfort and said nothing till I prayed them though thankless. In the heat of the room and in all points melting for joy a woman with orange painted fair rackety with the keeping of men and the curing of a mother nearly dead opened the emprisoning walls. Her steadiest, her love came at the door while I raved then slept. From the books and the pills he thought to deduce as he wished. I in the unreason of sleep came to the choosing and the mingling, and to the recognition.

*

Sans faire attention à ce qui doit être fait maintenant rien ne se tient à mes côtés, elle a balayé de la main sa promesse, l’a enroulé dans un petit sac en papier, puis est partie faire des courses. Elle m’a nourri inconsciente petit changement, m’a amené à la banque, m’a fait compté et trouvé le surplus de la somme. J’ai posé ma main doucement pour toucher ses hautes herbes. Elle m’a recadré et a refermé sèchement le berceau. Maintenant je vis avec la chair grise jusqu’à ce que les psaumes augmentent leur volume et les eaux se fassent plus sauvages marrons avec des peurs et des leurres plus noires à la racine pour que ce soit clair même pour moi qui pleure et me niche dans mon cœur amer.

Toi héroïne, toi patate gelée, nous voilà au moment poignant et plat il goutte, plus sec que les sens d’une femme quatre jours après que son sang a commencé à couler ! Pour doubler le rembourrage que le delirium de ce monde mentionne au lieu de comment le ciel rugit à l’intérieur et enfile à ton tour la feuille, comment les rues enchevêtrées te serrent à la gorge en creusant les préjugés, l’air si raréfié que tu entendre notre saint père prêcher, – comment une simple aiguille ou autre chose se planta dans la tête et finalement mit fin au spectacle après huit nuits blanches.

Je sais que les autres qui au lieu de continuer à regarder le miroir menaçant avec ses excroissances roses, comme un lapin, jusqu’à ce qu’eux-mêmes ils furent aussi des animaux fous aux longues oreilles avec plus aucun désir ni pouvoir pour sortir en flaques de ce trou secret et fantastique ; comme pour moi quelqu’un qui regarde son derrière me fait bredouiller pour un confort maternel et fraternel et paternel, enrouler tes bras autour de moi qui frissonne ! Dois abandonner ce spectacle sans maître, dois dois ou je mourrai et tomberai assurément, s’il vous plaît quelqu’un d’autre je vous pris de courir cette danse ! – comme moi en toute nécessité, sans honte, sans fausseté, je suis monté en tremblant par le colimaçon de granit dans les chambres d’en haut, si froid à trois heures et demi à la fin de la nuit, pour de l’aide. Qui était là que je pouvais appeler qui ne pouvait pas immédiatement venir pour voir je le priais avec et par le choc de ma demande ? Ils avaient attendu avec un petit cœur et amers de l’expérience tandis que je les rejetais et ils savaient mieux que moi mon inconfort et ils dirent rien jusqu’à ce que je les priais bien qu’ingrate. Dans la chaleur de la pièce et en tout point fondant de joie une femme aux cheveux peints en orange criard avec la garde d’un homme et le soin d’une mère presque morte ouvrit les murs de la prison. Sa grande stabilité, son amour venait à la porte tandis que je délirais puis m’endormais. Grâce aux livres et aux pilules il pensa réduire comme il voulait. Moi dans la déraison du sommeil j’en vins au choix et au mélange, et à la reconnaissance.

*

Cantilena

(poesie per Rocco Scotellaro)

(1953)

Dopo che la luna fu immediatamente calata

ti presi fra le braccia, morto

*

Un Cristo piccolino

a cui m’inchino

non crocefisso ma dolcemente abbandonato

disincantato

*

Bologna perché t’ho in mente

cosa c’entri

città scadente

cattedrale che dubiti

Non c’è chiesa a Matera

monte roccione con la porticina

*

(…)

*

S’è chiarita

l’angoscia è svanita

Tu con la testa spaccata morto morto morto per terra tu con la testa spaccata

Un lungo tempo

mediti

di sollevarti

*

(…)

*

Rocco morto

terra straniera, l’avete avvolto male

i vostri lenzuoli sono senza ricami

Lo dovevate fare, il merletto della gentilezza !

*

(…)

*

È toccato a te

a soffiar le nuvole

portarle fino al vicinato

come un caldo lenzuolo

per noi tutti ammalati

*

È dovuto ad una varietà di ragioni

che tu ed io non ci si possa incontrare

fra altro le muraglie

i cieli gli spiriti

*

Lasciatemi

ho il battito al cuore

donna a cavallo di galli e di maiali

*

Rocco vestito di perla

come il grigiore dei colli vicino al tuo paese

mostrami la via che conduce

non so dove

*

nuovo anno

arrivi

teneramente

ossequioso

Cantilène

(poèmes pour Rocco Scotellaro)

(1953)

Après que la lune fut immédiatement tombée

je te pris dans mes bras, mort

*

Un Christ tout petit

sur qui je me penche

pas crucifié mais doucement abandonné

désenchanté

*

Bologne pourquoi t’ai-je en tête

quel rapport

ville médiocre

cathédrale qui doutes

Il n’y a pas d’église à Matera

gros mont rocheux avec la petite porte

*

(…)

*

Elle s’est éclaircie

l’angoisse s’est évanouie

Toi avec la tête fracassée mort mort mort par terre toi avec la tête fracassée

Longtemps

tu songes

à te relever

*

(…)

*

Rocco mort

terre étrangère, vous l’avez mal enveloppé

vos draps sont sans broderie

Vous devez la faire, la dentelle de la gentillesse !

*

(…)

*

Ça a été à ton tour

de souffler les nuages

de les apporter jusqu’à chez les voisins

comme un drap chaud

pour nous tous malades

*

C’est à cause de nombreuses raisons

que toi et moi nous ne pouvons nous rencontrer

entre autres les murailles

les ciels les esprits

*

Laissez-moi

mon cœur bat trop fort

femme à dos de coqs et de porc

*

Rocco vêtu de perle

comme la grisaille des collines prêt de ton village

montre-moi la route qui conduit

je ne sais où

*

nouvel an

tu arrives

tendrement

obséquieux

*

Sanatorio 1954

Fine poussière, orgueil des ancêtres, ramenez-moi aux tombes des vieux avec leurs calmes lyres et flûtes ! Je vis dans le désespoir, depuis que mon ami est mort, sur les plus belles côtes de l’Italie triomphante. Pour guérir il me faut un mari, assez tendre.

Il est heureux, celui que j’aime, et ne se soucie pas de moi. Il ne m’aime pas, il ne m’aime pas ! Nous partirons, à faire meilleure connaissance avec les pauvres. Il y aura une vieille musique, pour nous fêter. Cependant dors, et ne pense à rien. Il faut mourir pour vivre tranquilles.

L’angoisse est disparue, et ces paroles soulagent.

Il te faut un enfant naïf à embrasser.

*

La mort est une dame vêtue nue ; rusée, fine. Son chagrin ne pèse sur personne.

Quelle journée que celle-ci ! On dirait qu’il te fallait un fils, ou bien, tu aurais dû chercher la clef du mystère. Mais il n’y en a pas. Le moment viendra où tu devras te plier au joug des ambassadeurs.

J’admire les beaux arbres et leurs fleurs sèches, pâles dans l’aube sournoise.

Mais les branches sursautent éperdues. Tue-toi, tue-toi, alors qu’il en est temps encore. Ta rancune n’est pas de longue durée !

Quelle sale histoire ! Mes développements sont tardifs, et mes dents claquent de folie. Je ne prendrai pas le parti de me faire tuer ; – non, je n’en veux pas, – non, je te dis.

Il rit ! C’est bien ainsi qu’on peut se couper la gorge, soutenu par deux braves garçons, agents sans doute de la police.

Mais toujours est-il mieux de se moquer un peu, que de rire, – ou de pleurer… La prochaine fois je me jetterai tout simplement au fond du lac ; – lui, avec ses grosses dentelles me protégera. Ne crois-tu pas ? Ne crois-tu pas à ma simplicité ? Toute nue j’irai voir ce que fait là-bas mon frère en Amérique, sans un sou, traqué, battu, humilié devant les foules, heureuses de pouvoir enfin se dédier au fin meurtre, au fin meurtre social.

Ne regarde ni à gauche ni à droite ; – jette simplement tes bretelles sur la rue couverte de boue, et sonne le claxon si tu veux. Il sera là, ton ami, il sera là, n’en doute pas.

Pourquoi, pourquoi te tiens-tu si loin de moi, de ma femme, de ma maison, dirai-je de la raison, si je ne savais pas qu’elle me planterait un poignard au cou au premier mot. Va donc te tuer, va. Mais ne retourne pas en arrière. Cache ton visage dans un châle, cache les vieilles photographies en arrière de cent ans, et pars donc, pars pour le pays des initiés au bal du comte Halifax. Va donc, qu’est-ce que tu attends, un millionnaire qui te porte dans ses bras ?

Les délices suprêmes tu ne les connaîtras qu’en ayant bu du fort vin un jour d’été, silhouetté dans toutes les usines modernes, les usines avec leur style confort-rouge, glacées.

*

Il y a deux espèces de bêtes au monde : l’une rit, l’autre pleure. Moi je m’ennuie de ces variations continuelles, et aimerais mieux la fine pluie, qui tombe douce.

N’y a-t-il pas d’autres habitants ? Les soirs portent des bas gris. Le lit est défait d’angoisse, comme s’il pleuvait. Pourquoi tant d’angoisse ? Ô angoisse !

Il nous faut un mari il nous faut un mari il nous faut un mari. C’est bien dit. Continue sur cette voie et les chats te souriront certainement. Ils ont les yeux bleus et gardent des uniformes. Pourquoi ne pas les tuer ? Mais, hélas, mes mains sont propres, comme celles d’une vieille dame plissée par l’âge. Mange donc ton pain à satiété. Les oiseaux noirs ne tarderont pas.

Il te faut un amant, ça c’est sûr, comme la mer qui tombe sur la plage dorée. Mes mains sont sales. J’aime l’odeur des bois, qui passe terriblement sur les passants triomphants. Il faudra survivre d’une façon ou d’une autre. Ton pire ennemi est le chat blanc, ses yeux percée joyeux, avec son hostilité. Porte donc tes soucis à l’abri.

Cette nuit ne voudra jamais finir ! Il y en a d’autres qui attendent, et les souris galoppent avec la certitude d’être prises et mangées. Cependant elles jouent méditatives au soleil. La lune flotte. Moi je me promène. La pluie arrivera avec son nouveau bagage, lente, sournoise, presque.

La pluie ne m’effraye pas, je le jure ! Ton chapeau est baigné. J’aperçois une nouvelle forme à la vue des paradis nuptiaux.

L’obscurité aide là où on ne croit pas. Il faudra prier. C’est difficile, et pour moi ce qui compte vraiment c’est l’ennui, quotidien.

Il te faut une moralité nouvelle ; chaque émotion se reflète dans l’eau du lac, et les douleurs se battent pour survivre. Rends-toi, je t’en prie ; personne ne nous touche. Tu ne dois pas t’échapper comme ton père.

Ma mère est morte. Lui, est tombé mort. C’est assez comique !

Ton intonation est fausse. Ma foi quelle attitude étrangère. Tu es un chat noir. Je désespère de te sauver. Reste placide dans ton île tranquille. Avec plus d’ardeur, dans une prison même perpétuelle se feraient des mots croisés pleins de signification.

Des aventures, du bon vin… tout n’est pas fini…

(Pourtant le ciel lève une accusation implacable). Regarde au moins les gens en face !

*

(…)

*

Peut-être dans le monde n’y a-t-il pas assez d’espace dans le monde pour les personnes, dans le monde. Imaginez donc ! Ils veulent tous se cacher entre une opération et l’autre !

Ne dites pas cela, cela ne vous fera pas de bien, répond-il.

Et bien, voilà l’erreur, voilà les programmes erronés ; voilà la justice des pauvres, voilà la différence entre nous deux, parcimonieux, mélancoliques.

On reconnaissait le retour du matin par le bruit des oiseaux, par le sifflotement des oiseaux, à l’aube.

Qu’y a-t-il d’étrange dans tout ceci ! s’exclama-t-il. La défense se fait obscure, par la défense des enfants. Elle se fait difficile, rapporta-t-il, et l’angoisse n’est point du tout une explication.

Très bien, alors, j’irai retrouver ma grand-mère morte, ainsi que le reste de ma famille.

Mais tes dons, ne sont pas ce qu’il faut ! dit-il, tout en proclamant son inaptitude aux études.

Sans s’en douter, il y avait de quoi se le reprocher tous les jours.

Quels sont les effets de l’électrochoc ? demanda-t-elle en souriant, perplexe et dégoûtée, et peu disposée à continuer le long de cette voie défendue, et totalement déroutée, par les milles choses qu’il y avait à voir, au cours des tours

en ville.

*

Il s’accroche au souvenir de l’enfance, et ne perd pas son temps à se douter des mots argentins, et fins, dans la pénombre ambiguë. Nous nous réalisons presque toujours, en attendant, dit-il un jour qu’il faisait frais. Prends ta robe avec toi, dit-il en riant. Sautons par dessus les ponts, et une jolie fermière ouvrira elle-même la porte.

Bonne nuit, dit-il, et il se promène nu par les rues d’hiver, en dansant. C’est tout, on a fini. On va se baigner la tête, c’est tout, il m’a dit en baissant la tête. Quelle fête ça sera, quelle collecton de vieux y aura-t-il dans les champs !

*

Le vieux il nous veut, sombres contre le mur. Car c’est la loi ici de se ruiner, même secrètement, au nom du laissez-moi tranquille, je vous épie. Et toit, qu’est-ce que tu fais ? Tu dors, hanté par les anciens problèmes.

Je n’y tiens plus, je vais m’échapper, avec mes os sur le dos pour faire un seul bond au cimetière. Ah terre brésilienne, je te secoue de coups ! La prison est mille fois mieux que cette odeur de racines baignées au soleil, silhouetté par tes grandes lois. Je n’existe que pour me tromper. Il ne fallait pas prêter l’oreille.

Qui dort ne souffre pas autant que nous le croyons. Dormir, se venger peut-être, voilà mon but. Le soir c’est le soleil qui se couche, pas moi, figée sur un fauteuil. Le vieux donc est parti, et mes habits me tirent par la manche. Il te faut une moralité toute nouvelle, les chiens répètent, rieurs ; – chaque instant a son privilège, et les morts se détachent heureux, eux, de défendre leur patrie avec tant de résolution.

Le sang se verse frais sur mon genou blessé. Chaque deuil est immense ; les chevaux galopent immenses, la nuque baissée. Moi je meurs d’anxiété brûlante, pour les vieux pour les enfants, désolée de n’avoir ni père, ni mère, attentive à leur besoins quotidiens. Je ne peux dormir, et ma conscience est trop éveillée pour un débat avec les Grecs, ou les Chinois, ou les Javanais. La mort, la mort comme une vieille dame sucrée ! Les chandelles se gonflent d’hystérie, et le passé se fait menaçant.

Je m’aperçois que tu ne prêtes grande attention à mes mots. C’est dommage, on aurait pû faire un couple bien tragique, nous deux, dans les fossés.

Qu’il est rude ton ami, qu’il me manque d’attention pour les femmes surtout ! Moi je deviens furieuse au son de son nom, et je ne peux m’empêcher de pleurer.

Tu as la vision claire, au moins ; tu ne tomberas que quand il sera trop tard.

Je veux dormir, je veux sentir la terre se dérober aux efforts pour lui porter son pain quotidien. Les étoiles mangent la terre, et les chats se promènent tranquilles sur les champs. Forte île, aux jardins troublés ! La lune sanglote, de plus en plus âgée.

Qui connaît mes efforts pour la publicité ? Je n’entends rien, tout est calme, les femmes portent leurs cigarettes à leurs bouches, et les hommes continuent secrets dans leur vaste mensonge. Le chat se tue. C’est donc fini ; la lune bordera sa bouche de ses propres impropriétés. Quoi dire ? Quoi dire de plus ?

Il te faut une morale nouvelle, c’est clair comme le vent qui porte ses enfants aux bains quotidiens de marbre dans leur splendeur d’albâtre. Oh le soleil sonne étrange à mes oreilles !

N’importe, le jour viendra où tu me regarderas souriant : – soulagé d’être au monde, curieux d’y mettre la main, bien loin des prières enfantines du dernier hiver. Te rappelles-tu ? C’était un désastre : – un mirage, un feu artificiel que nul objet n’éteignait. Plus la maison brûlait, plus tu t’y jetais, insouciant de l’avenir, brûlant de désirs inexprimés… Reste donc, ne te confie pas aux enfants sur la plage !

Il s’est tué, il s’est tué ! Pourtant l’île était faite pour nous tenir doux, forts, misérables mais vivants… Peut-être que je le suivrai dans son pays natal ; j’y cours, comme une mendiante, sans dignité. Je ne parlerai plus : – je chanterai un air paysan ; en prison, en prison irai-je, compter mes perles, sonner les cloches du hasard, comme une tendre mère que l’on a dévalisé les possessions, ses deux fils adorés, leur cendre une fine poussière.

(traductions Rodolphe Gauthier)

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