Clément Bollenot

seulement la mer

quand aura disparu toute trace de civilisation

sur le rivage noirci par la main vengeresse des ombres

                       seulement la mer

reflétée derrière l’ouvrage du tisserand

à travers le tissu jauni par un coin de lune

                      seulement la mer

poursuivie par des milliers d’yeux glacés

qui n’ont de la vie que le scintillement passé

et l’éclat d’un jour fané

à travers la lucarne je vois filer l’aurore chétive

s’assécher les pores de ma peau

les papilles de ma langue

s’évanouir la douceur sucrée et le sel de mes désirs

il ne reste rien

                              seulement l’amer

 

ouvrir la porte

sur l’herbe qui tremble

et l’on distingue des formes

prostrées

d’êtres sans visage

d’êtres sans nom

les muscles tendus à l’affut d’un souffle

         infime

un éclat de cendre

luit sur leurs crânes blafards

on dirait qu’ils n’ont jamais vu le jour

 

ils n’ont pas choisis d’être là

ces ombres

délabrées

des âmes interchangeables

aux chairs lacérées

derrière les barbelés

ils lèvent encore les yeux vers une lune

brûlante

rêvent

d’apostropher l’espérance de vive voix

traverser alors le lac lointain

lent

et

se brûler les ailes

c’était inévitable

souvenons-nous d’Icare

 

(image de présentation : Patrick Peney)

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